Fangio, ce maestro

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Fangio, ce maestro

Message par Cmoi le Mar 29 Déc - 20:43


Par Emmanuel Moine (Cazzu)

« Je le vis pour la première fois au printemps 1949 sur l'autodrome de Modène. Il y avait d'autres pilotes mais je finis par garder les yeux sur lui. Il avait un style insolite : il était le seul à sortir des virages sans raser les bottes de paille à l'extérieur. Je me disais : cet Argentin est vraiment fort, il sort comme un bolide et reste au beau milieu de la piste!! Quant à l'homme, je ne parvins jamais à le cerner vraiment. Manuel Fangio est resté pour moi un personnage indéchiffrable ... ». A en croire le commandatore Enzo Ferrari, lui-même, Fangio est et restera l’une des légende de ce sport. Aujourd’hui peu d’entre nous l’on vu courir, et sans doute personne ne se rappelle avoir vibré devant une course de l’argentin. Il faut le dire, cet homme reste aussi comme une énigme. Le Pelé de la Formule 1 est t’il cette indétrônable légende dont on nous si souvent parlé ?
Né le 24 Juin 1911 à Balcara, à quelques kilomètres de la capitale Buenos Aires, Fangio appartient à une pauvre famille d’immigrés italiens échappés des Abruzzes. Fils d’un maçon décorateur, Juan Manuel compte 5 frères et sœur. Son père justement, désespéré à l’idée que son fils soit le « cancre » de l’école, l’inscrit comme apprenti mécanicien à l’âge de 11 ans. Il s’occupe alors de riches argentins désireux de courir les weekends end sur des courses de la haute société, juste pour le plaisir. Même s’il aimerait un jour, piloter ces bolides, un profond manque de confiance en son pilotage le résigne. Il commence pourtant son apprentissage à l’âge de 15 ans, quand on lui propose de faire chauffer la mécanique des bolides qu’il manipule dans les warm up qui précèdent les courses.
Lorsqu’il revient du service militaire, à tous justes 19 ans, il monte son propre garage, accompagné de son père et de ses frères. Le virus de la course le prend et il dispute sa première course à 25 ans, sur une Ford A, qu’il a lui-même préparé. C’est sur une Ford V8, au Gran Premio de Necochea qu’il prend conscience de son potentiel, 3ème en qualification et seulement 7ème en course, ses espoirs étant ruinés par une mécanique trop capricieuse.
Pourtant Fangio ne prend pas autant de plaisir que cela sur les circuits. A l’époque les grands cadors s’affrontent sur route, et les plus grands parmi eux, sont les frères Galvez. Fangio s’engage donc sur ces careteras, sur une Chevrolet V6 où il remporte sa première grande victoire, au Gran Premio del Norte. Pour resitué les conditions de course, le tracé s’active sur 9445 kilomètres, de Lima à Buenos Aires, en passant par la cordières des Andes. Fangio mettra 2 semaines à joindre les deux villes. En 1942 la guerre met à mal l’Argentine et la course automobile, en pleine crise économique, Fangio retourne au garage familial et reprend sa vie de mécanicien
Quand Juan Perón accède au pouvoir en 1946, la course automobile reprend son essor en Argentine. Le leader albicete est un vrai fana de sport mécanique et il décide alors d’organiser des Temporada, c’est-à-dire des courses en Argentine réunissant les meilleurs pilotes européens et argentins, lorsque l’hiver bat son plein en Europe et que les autorités ne peuvent ainsi, pas organiser d’évènement. Fangio y participe, mais avec un matériel qui ne lui permet pas de faire de miracle, la mécanique casse à répétition, Perón décide de fournir le meilleur matériel possible à Fangio, une grande amitié lie alors les deux hommes. Et justement, lorsque Perón décide d’envoyer ses meilleurs pilotes en Europe pour montrer au monde l’excellence de l’école argentine de pilotage, Fangio est de la partie. Au grand prix de l’ACF (ndlr : ancienne appellation du grand prix de France), il remplace le formidable Maurice Trintignant sur une Gordini. C’est son premier apprentissage en formule 1. Fangio mène la course de façon héroïque mais sa mécanique le trahit, une casse moteur enterre les espoirs de l’argentin qui avait mis à mal la domination des Alfa Roméo. 1949, Fangio gagne des courses importantes ce qui lui permet de figurer dans une monoplace, lors du tout premier championnat du monde de Formule 1, en 1950.
Il débute sur Alfa, malgré la mort de ses « meilleurs compagnons » comme il aimait à le dire, à savoir Varzi et Wimille. Faria et Farina remplace les deux disparus, et Fangio marqué par cette évènement perd le championnat de 3 points seulement, remportant, au passage, le tout premier GP de Monaco de l’histoire de la F1. Ses deux autres victoires, à l’ACF et en Belgique ne font que masqué une voiture bien trop fragile et surtout un pilotage d’excellence mais mettant à mal la fiabilité des mécanique de l’époque. Farina est le tout premier champion du monde de formule 1 et aussi le tout premier vainqueur d’un grand prix en championnat du monde, à Silverstone. La saison suivante, la donne change. Fangio fait taire les critiques, qui le sacrent comme le pilote le plus doué de sa génération mais aussi le plus dur avec sa mécanique. Son pilotage s’affine et la notion de gestion de course apparait. Les deux premières courses, en Suisse et en France tournent à la démonstration. Pourtant, Ferrari, qui compte sur son duo, Ascari-Gonzales, domine les courses suivantes, dont le GP d’Italie, et Juan Manuel semble s’installer comme l’éternel second. Heureusement, une erreur de choix de pneus de Ferrari, lors de la dernière course, à Barcelone, offre le titre à l’argentin, le premier d’une longue ligné de 5 couronnes.
Les deux saisons suivantes, 1952 & 1953, sont deux années à oublier pour la Formule 1 et Fangio. Ferrari devient la seule écurie de F1, et l’argentin se voit obligé de courir en F2, en même temps. Petite anecdote. Alors qu’il est à Paris et qu’il souhaite se rendre à Monza en avion pour une course hors championnat, les conditions météorologiques l’oblige à effectué le trajet Paris-Monza en voiture. Roulant toute la nuit, Fangio arrive dans la ville italienne à quelques minutes du départ. Epuisé, l’argentin ne dépassera pas le premier tour, victime d’un accident terrible pas loin de lui couter une paralysie du corps.
En 1954, c’est le retour, Fangio noue contact avec Alfred Neubauer, patron des flèches d’argent de Mercedes. Neubauer décide de confier une monoplace à Fangio qui n’hésite pas une seule seconde. Il débute, néanmoins sa saison sur une Maserati, lors du premier grand prix car l’écurie allemande n’est pas encore prête. La Mercedes W196 gagne dès son premier grand prix ; pôle, meilleur tour et victoire ; et elle restera comme un des plus beaux bijoux de l’histoire de la F1. La mort de son compatriote et coéquipier Onofre Marimon l’affecte et c’est à lui qu’il rend hommage, sans joie ni exaltation au soir de son second titre mondial. La saison 1955 débute sous une chaleur de plomb. Le GP d’Argentine accueil la première manche du championnat du monde. La chaleur est accablante, les mécaniques souffrent tout comme les hommes. Ils ne seront que 6 à rallier l’arrivée sur 23 au départ, et surtout, à une époque ou le règlement autorisait le relais de plusieurs coureurs par voiture, Fangio gagne en solitaire, ce qui restera, comme l’un des grands prix les plus difficiles de l’histoire de la F1. Ascari se tue à Monza, quelques semaines après être sorti miraculé d’un plongeon dans l’eau à Monaco. Fangio n’a pour rivale que son jeune équipier Stirling Moss, avec qui il dispute les 24h du Mans, endeuillé par le drame que nous connaissons tous qui entrainera le retrait de la compétition automobile de Mercedes. Fangio est champion du monde pour la troisième fois.
En 1956, Fangio retourne chez Ferrari. On dit l’écurie vieillissante et hors du coup. A 44 ans, Juan Perón est renversé et Fangio craint que tous ses biens lui soit confisqués. Il continue tout de même mais retombe dans ses anciens travers. Il malmène sa mécanique et s’en prend ouvertement à Enzo Ferrari, en personne. Il accuse, notamment, le commandatore de favoriser le jeune pilote anglais Peter Collins, qui lui a pourtant sauvé la mise sur bon nombre de courses, grâce aux consignes de feu Enzo. Sa victoire à Silverstone, après la déroute de Monaco, scelle le championnat du monde et l’avenir du tandem Fangio-Ferrari. Le pilote argentin parle de « sabotage ». Leur union se conclut sur un dernier titre mondial mais ils ne travailleront plus jamais ensemble.
« J’ai réalisé toutes mes ambitions. La couronne mondiale était mon plus grand rêve. Après mes deux premiers titres, il me semblait logique d’essayer d’en décrocher un troisième. Le cinquième me persuada qu’il était temps de passer la main. ». 1957, dernière saison, dernier titre. Un des plus beaux sur la piste. Le 4 Aout, Fangio entre dans la légende définitivement. Au Nürburgring, il accuse en début de course, 45 secondes de retard sur le duo britannique de Ferrari, mené par Hawthorn et Collins. En alignant, bravant tous les dangers, huit meilleurs tours de course à huit tours de la fin, sur un circuit long de 14 kilomètres, Fangio s’impose et devient quintuple champion du monde ce qu’aucun homme, à part Shumacher, depuis lui n’a réussi à réaliser.
Au-delà du nombre de titres conquis, Fangio réussit à survivre là ou nombre de ses concurrents ont perdu la vie. Ascari, Gonzales, Levegh, Rosier, Musy, Castellotti, de Portago, Collins, Brusso, Hawthorn, Behra, Trintignant... et nous en passons. Tous sont morts en piste, Fangio lui succombera d’une crise cardiaque à l’âge de 85 ans, dans son sommeil à l’hopital de Buenos Aires, en 1995. Il est difficile de le considérer comme le plus grand, car la F1 a changé en un demi-siècle. Les risques ne sont pas les mêmes, les machines n’ont plus, tout comme la concurrence. Au delà de sa, Fangio représentait l’essence même d’un pilote, cette folie du risque, cette insouciance vis-à-vis de la mort. Boucler des courses de 400 km à une moyenne de 200 kilomètres heure n’impressionne guère personne, de nos jours. Bouclé 400 km à une moyenne de 200 kilomètres par heure, dans les monoplaces de l’époque relevait de l’exploit. L’exploit de conduire à la limite, tout en chassant la mort de son esprit. Fangio resta longtemps attaché de près à la formule 1. Il fut notamment très ami avec un certain Ayrton Senna, qu’il verra comme un fils spirituel. Fangio a inspiré la course automobile mais encore plus la société et la conduite. Il est le seul pilote à figurer dans la langue française « conduite à la Fangio », tant le mérite du pilote à fasciné le monde entier. Le plsu grand journaliste de sport automobile que la France ai connu, Johnny Rives, disait à son propos, au lendemain de sa mort, en signe d’épitaphe, « la légende Fangio survivra éternellement au sport automobile ».
Et pour vous qui est et restera le plus grand pilote de tous les temps ? Je vous laisse réagir mais au vue de ce bio pic, il semble compliqué de répondre Michael Shumacher…

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Re: Fangio, ce maestro

Message par Invité le Dim 21 Mar - 22:54

merci pour ce tres bon article

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Re: Fangio, ce maestro

Message par Invité le Mer 24 Mar - 1:22

C'est lui le plus grand des pilotes de Formule 1 de tout les temps. Toujours dans la bonne équipe au bon moment.
1950: Alfa Romeo. titre pilote à son coéquiper Farina, second à 3pts.
1951: Alfa Romeo. titre pilote.
1952: ne participe pas au championnat suite à de graves blessures lors d'un accident pendant une course hors-championnat.
1953: Maserati. titre à Ascari sur Ferrari, second à 6.5 pts.
1954: Maserati puis Mercedes. titre pilote
1955: Mercedes. titre pilote.
1956: Ferrari. titre pilote.
1957: Maserati. titre pilote.
1958: Scuderia Sud Americana (privé). 2 courses.

Il me semble qu'un 1958 Stirling Moss au GP d' Argentine a répondu à un journaliste pourquoi il avait ralenti en apercevant Fangio devant lui "On ne prends pas un tour à Mr Fangio!".

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